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«Publier Tarnac»

Restitution d'un atelier du Master de création littéraire de l'université Paris 8

Dans le cadre de son programme Plateforme, mis en place à partir de 2017, Khiasma devient un lieu d’expérimentation et de création autant que d’exposition et de diffusion. Pour la première ouverture publique de Plateforme, le 3 mars, Khiasma a ainsi accueilli la restitution d’un atelier mené par les étudiants du Master Création littéraire de l’université de Paris 8 Saint-Denis. Du 23 au 26 janvier, les étudiants s’étaient en effet réunis dans l’espace de la rue Chassagnolle pour penser ensemble la thématique des fictions politiques et pour saisir de nouvelles formes de publication «hors-livre», autour d’un thème proposé par Lionel Ruffel : «Publier Tarnac».

Dans son ouvrage Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche (Amsterdam, 2009), Yves Citton décrit les mécanismes qui dédoublent le hard power du pouvoir contemporain – qui interdit, ordonne ou contraint – d’un soft power qui insinue, suggère et stimule. Constatant les processus de scénarisation à l’oeuvre qui conduisent la conduite de chacun, un storytelling accaparé par des idéologies réactionnaires, il appelle à un effort de contre-scénarisation, observant qu’« il est non seulement inévitable mais souvent salutaire de ‘se raconter des histoires’ ».

Les étudiants de Lionel Ruffel du Master de création littéraire de l’Université Paris 8 Saint-Denis se sont ainsi retrouvés une semaine en immersion dans l’Espace Khiasma, tels les personnages du Décaméron de Boccace, pour réfléchir aux flux médiatiques et imaginer, en opposition à ceux-ci, des contre-fictions au présent faites de textes et poèmes, lectures, vidéos et pièces sonores, présentés lors d’une soirée de restitution publique le 3 mars 2017. Autant de tentatives d’envisager une littérature « hors-livre » et d’étendre une idée de la publication aux différents gestes du « rendre public ».

Retour sur cette semaine d’atelier et sur les expérimentations qui en ont découlé.

 

Vues de l’Espace Khiasma lors des quatre jours d’atelier, fin janvier.

 

« La société du spectacle » doit moins faire l’objet de lamentations que d’efforts de contre-scénarisation. Les dernières décennies se caractérisent en effet par l’incapacité des forces politiques « de gauche » à (se) raconter des histoires convaincantes. Pour des raisons qu’on tentera de comprendre, la « droite » (sécuritaire, néolibérale, xénophobe) est parvenue à répandre un ensemble ouvert mais relativement cohérent d’histoires, d’images, de faits divers, d’informations, de statistiques, de slogans, de peurs, de réflexes et d’objets de débats qui se nourrissent mutuellement au sein d’un même « imaginaire de droite ». La (douce) force de cet imaginaire a été telle qu’il a rapidement colonisé les discours de nombreux dirigeants de partis se revendiquant pourtant officiellement de « la gauche ». (…)

En parlant (à tort) de « fin des idéologies », que ce soit pour s’en féliciter ou pour regretter la belle époque des grands antagonismes binaires et structurants, on rate la spécificité de ce qu’il est aujourd’hui urgent de construire ensemble : non pas tant un système d’idées, cohérent et totalisant, fermement ancré dans la rigueur du concept, rassurant les esprits inquiets par sa prétention d’avoir réponse à tout (une idéologie), mais bien plutôt un bricolage hétéroclite d’images fragmentaires, de métaphores douteuses, d’interprétations discutables, d’intuitions vagues, de sentiments obscurs, d’espoirs fous, de récits décadrés et de mythes interrompus, qui prennent ensemble la consistance d’un imaginaire, moins du fait de leur cohérence logique que de par le jeu de résonances communes qui traversent leur hétérogénéité pour affermir leur fragilité singulière.

— Yves Citton, Mythocratie. Storytelling et imaginaire de gauche. Amsterdam, 2009.

 

L’immonde — Radio Parasites — Comité Bien Nuisible
de Nicolas A., Leïla D., Millie D. et Valérian G.

Vue de l’installation à l’Espace Khiasma lors de la soirée de restitution, le 3 mars 2017.

Nous avons travaillé sur la notion de « parasites » à travers trois médias : journal, radio, vidéo.

L’immonde (papier et numérique)

Virus éditoriaux, parasites poétiques, vermine verbale.
L’immonde est un journal d’infaux et d’intox.
www.journal-limmonde.tumblr.com

 

Paroles de parasites (radio)


Ils sont là. Vous les côtoyez sans les voir, les jugez sans les connaître, les rejetez sans les comprendre. Notre émission Paroles de Parasites vous propose d’écouter la voix de ceux qui n’en ont pas. Le message de ceux qui n’en ont pas.

 

Comité Bien Nuisible (vidéo, affiches et tracts)

Le comité bien nuisible est une communauté de termites, de rats, de loups, de mauvaises herbes, de champignons, de virus, de bactéries et d’espèces considérées comme nuisibles par les mythologies de la mythocratie.

Le monde est une fable, la terre est un mythe. Monde-fable, terre-mythe.

 

 

L’affaire Jean-Petit (installation)
Une création de Stéphanie Arc, Camille Bonvalet, Lucie Rico, Alexandra Sollogoub et Guillaume Wavelet

L’affaire Jean-Petit est la fiction multimédia d’un montage médiatique autour d’un fait divers. Nous avons imaginé l’histoire de Jean Petit, conducteur de bus à Cagolin, petite ville du Sud de la France. Le 26 octobre 2016, en début d’après-midi, l’autocar scolaire qu’il conduit se retrouve en travers de la Nationale 98 et provoque l’arrêt de la circulation. Il bloque ainsi l’arrivée d’un car de migrants en provenance de la Jungle de Calais, démantelée deux jours auparavant, qui devaient être hébergés dans un Centre d’accueil et d’orientation (CAO) voisin. Dès le lendemain, la vice-présidente de l’association Var Terre d’Asile, Magalie Durac, l’accuse publiquement d’avoir empêché l’arrivée des migrants à Cagolin de façon préméditée. Plusieurs associations de défense du droit d’asile, telles qu’Amnesty International et la Cimade, déposent une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui. Marc-Étienne Lansade, le maire FN de Cagolin, signataire de la charte “Ma commune sans migrants”, prend alors la défense de Jean Petit, par ailleurs proche par sa famille des réseaux d’extrême droite : le maire estime en effet qu’il « a agi dans l’intérêt de ses concitoyens ». S’en suivent des manifestations publiques opposant de manière violente pro et anti. Parce que Jean Petit décide de garder le silence, nul ne connaît ses motivations. Très vite, les médias s’emparent du fait divers, qui fait l’objet d’une récupération par l’ensemble du spectre politique. Des opinions divergentes s’expriment sur tous les supports de communication : un maire Front national publie une tribune sur le site de sa commune, des sympathisants anonymes d’extrême droite et d’extrême gauche s’insurgent sur Facebook, des intellectuels analysent l’affaire sur leur blog, des responsables politiques s’expriment à la radio et à la télévision, etc. Afin de souligner la disproportion du montage médiatique et l’aberration de la récupération politique, qui ont constitué «l’affaire Tarnac», le dénouement de l’histoire montre qu’il s’agit en réalité d’un “non-événement” : si l’autobus a bloqué la route, c’est en raison d’un accident de moteur.

En introduisant des éléments du réel dans cette fiction – tels que la charte “Ma commune sans migrant” lancée par Steeve Briois, maire de Hénin-Beaumont, en octobre 2016, ou des citations d’hommes et de femmes politiques dans des cas proches de l’affaire Jean Petit, notre travail tient de la fiction documentaire. Il s’agit en effet de potentialiser notre perception du réel, de l’augmenter, en mimant ici le processus d’emballement politico-médiatique.

Notre projet consiste en un ensemble de documents audiovisuels et textuels : flash-infos radiophoniques et page Wikipédia retraçant l’affaire, recueil de citations politiques, vidéos détournant des discours anti-migrants, manifeste politique “Ma commune avec migrants” et, sur Internet, comptes Twitter et commentaires sur YouTube, etc. Nous l’avons mis en espace à Khiasma en mars 2017 via une installation mêlant affichage, bande-son, projections vidéo et ordinateurs en libre accès : au centre de la pièce une table, sur laquelle se trouvent quelques feuilles couvertes de notes manuscrites, des verres vides, un micro, des stylos, comme si un débat venait d’y avoir lieu.

 

Qui vient ?
de Perrine Baron, Caroline Boulord et Mathilde Forget

Vue d’installation du projet «Qui vient ?» lors de la soirée de restitution d’atelier, le 8 mars.

 

Lien vers le pdf de la publication

 

 

Il neige sur Tarnac (ciné-poème, 13’46)
de Anna Mezey, Diane Moquet, Samuel Poisson, Woosung Sohn, Anne-Lise Solanilla et Stéphanie Vivier

Chaque fois que nous parlons, chaque fois que nous regardons, chaque fois que nous nous souvenons, et de la même manière chaque fois que nous imaginons, nous nous servons de cet objet qui s’appelle une loupe. C’est un objet très ancien qui sert à faire le point, à agrandir, à zoomer, à grossir, à remarquer, à compartimenter, quelquefois à cibler quelque chose en occultant le reste. C’est un objet très utile mais c’est aussi un objet dangereux, car il peut mettre le feu ou rendre aveugle.

Au moment de la publication de L’Insurrection qui vient aux Etats-Unis, à l’été 2009, Glenn Beck, commentateur et animateur de la chaine Fox News, contribue à la propagation d’un feu médiatique autour de l’affaire dite de « Tarnac ». Sur l’écran, derrière le présentateur, sont diffusées des images de voitures incendiées et de pompiers luttant contre les flammes.

Filant la métaphore de l’incendie, nous nous sommes mis en route à travers une forêt imaginaire et, nous inspirant des dix jeunes gens du Décameron fuyant Florence ravagée par la peste, nous avons élu domicile dans une cabane, sur des hauteurs. De là, observant les fumées de l’incendie, nous allions à notre tour prendre le temps de raconter nos propres histoires.

Depuis notre refuge, nous avons inventé, mis en place et appliqué des stratégies pour nous protéger, pour surveiller, pour détourner ou contenir le feu, faisant écho dans nos différentes actions aux « contre-fictions vraies » d’Yves Citton, faisant silence sur Glenn Beck, pour que redevienne audible le bruit de nos pas dans la neige.

 

Présentation de l’atelier, lectures… Retraversez la soirée de restitution sur la r22 Tout-monde :